ACTUALITÉS, NOUVELLES ET RÉALISATIONS

QUÉBEC-BORDEAUX 2018

 Voici quelques photos de nos élèves en voyage à Bordeaux : 

Grand défi Pierre Lavoie

Voici une photo de l'équipe d'accompagnateurs :

De gauche à droite: Carl Tremblay et Sébastien Jolivet de l'école Joseph-François-Perrault, Louis St-Laurent, Annie Fillion, Jean-Paul Galbrand et Élizabeth Fortin de l'école Cardinal-Roy.

 

VICTOIRE

Bravo à notre équipe de basketball masculin, cadet division 3, qui a remporté le championnat de sa ligue samedi 14 avril.

 

CONCOURS D'ÉCRITURE

C’est le 29 avril dernier, à l’Observatoire de la Capitale, qu’a eu lieu le dévoilement des récipiendaires du concours d’écriture organisé par la Société historique de Québec. C’est avec beaucoup de fierté que l’école Cardinal-Roy, représentée par ses trois finalistes, a encore su se démarquer. Bravo à Florence Breton qui a remporté la première place (bourse de 500 $) ainsi qu’à Béatrice Légasse, qui a remporté la deuxième (bourse de 250 $).
Nos deux talentueuses auteures auront également le plaisir de pouvoir survoler la ville de Québec en hélicoptère et seront reçues à dîner dans un restaurant réputé de Québec. De plus, elles seront invitées à l’Hôtel de ville pour y signer le livre des Invités, en plus de voir leur texte être publié sur différentes plateformes.
Félicitations Florence et Béatrice ! Vous méritez pleinement tous les honneurs !

   
 

 

 

 

 

 

 

Depuis maintenant six ans, l’École Cardinal-Roy se distingue au concours d’écriture historique organisé par la Société historique de Québec. En effet, plusieurs élèves de quatrième secondaire ont, au fil des années, remporté l’une des premières places.
Sous la supervision de leur professeur d’histoire, ces derniers, dans le cadre d’un projet concret de recherche, sont invités à produire un récit historique faisant découvrir aux lecteurs un aspect, un évènement, un bâtiment ou un personnage qui se rapporte à l’histoire de la ville de Québec.

Les gagnants des éditions passées sont :

- Constance Aubry, 1er prix (2013)

 

 

 

 

 

 

 

- Nicolas Fontaine, 3e prix (2014)

 

 

 

 

 

 

 

 

- Renaud Laforest et Rose-Marie Drouin Engler, 2e et 3e prix (2015)

 

 

 

 

 

 

 

- Léa-Pascale St-Hilaire, 1er prix et prix de l’ASULF, pour la qualité de la langue française (2016)

 

 

 

 

 

 

 

 

- Jessica Laroche et Laura Langevin, 1er et 2e prix (2017)

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore cette année, nombreux sont ceux qui se sont laissés tenter par l’aventure. Nous vous présentons ci-dessous leur texte.
Parmi eux, trois se retrouvent finalistes pour l’édition 2018. Le nom des gagnants sera dévoilé le 29 avril prochain. Bravo à nos talentueux auteurs !

Textes des participants de l’édition 2018 :

« La Sainte fille » par Florence Breton (finaliste)

Je vis sœur Anne Bataille de St-Laurent accourir vers moi, s’efforçant de refouler ses larmes.

- Ma Mère ! Venez vite ! dit-elle, la voix étranglée.

J’accourus à grandes enjambées dans la boue qui me montait aux chevilles. J’entrai dans le couvent et poussai le verrou de la porte derrière moi, ce qui rompit le silence macabre qui régnait dans la pièce. Le bruit fracassant que fit le métal sur le mentonnet résonna longtemps à mes oreilles. En la voyant, mon cœur fit un bond et mes yeux s’emplirent de larmes. C’était Sœur Marie de St-Joseph; son corps frêle gisait le long de la table. Les paupières closes et les mains entourées de son chapelet, elle avait l’air de prier. Le soleil traversait les fenêtres méridionales et emplissait la pièce de sa chaleur et de sa lumière printanière, en ce 4 avril 1652. Je m’approchai d’elle et m’agenouillai aux côtés de mes consœurs, de Jésuites et de quelques Sauvages qui étaient venus s’y recueillir.

J’essayai de prier, mais pour la première fois de ma vie, j’en fus quasiment incapable. Je ne cessai de me remémorer tous les moments passés en sa compagnie. Ces souvenirs défilaient dans ma tête aussi vite que les feuilles d’un livre imagé sur lequel on ferait délicatement glisser notre pouce pour faire danser les pages les unes après les autres. Je la revis, encore toute jeune, à mon entrée au couvent des Ursulines de Tours, en France, le 25 janvier 1631. Âgée de seulement 15 ans à l’époque, je me souviens parfaitement de son sourire authentique. Même si des envies d’aventure m’habitaient déjà à ce moment-là, je ne pouvais me douter que huit ans plus tard, moi, sœur Marie de l’Incarnation, je partirais en mission à bord du St-Joseph pour une traversée atlantique de trois longs et interminables mois. Je ne pouvais non plus me douter que Sœur Marie de St-Joseph, une femme téméraire et si dévouée à la propagation de l’Amour, de la charité et du savoir, deviendrait une de mes amies les plus fidèles. Nous nous lancions donc à pieds joints dans l’inconnu avec une lueur d’espoir plus grande que nature.

Sur le quai, j’étreignis mon fils de vingt ans, Claude Martin, et ma sœur, Claude Guyart, qui pleurait à chaudes larmes. Grâce à une vision divine d’une terre nouvelle où le Seigneur me demandait de bâtir une maison à Jésus et à Marie, j’avais foi en ce périlleux projet, qui était financé par la veuve Madame Marie-Madeleine de Chauvigny de La Peltrie. C’est donc le 1er août 1639 que je mis pied à terre en Nouvelle-France, serrant la poigne tenace de Sœur Marie de St-Joseph. Lors de notre première journée, nous visitâmes Québec et ses environs, malgré la fatigue qui nous affligeait heure après heure. Nous nous installâmes dans un petit bâtiment de la Basse-Ville, concédé par la Compagnie des Cent-Associés, qui ne comportait qu’une pièce munie d’une table seulement.

Les semaines passèrent et la communauté naissante des Ursulines fut fondée. Le temps de rencontrer les jeunes Sauvagesses pour la première fois approchait, car nous passions la majeure partie de nos journées chez les Jésuites afin d’apprendre les langues algonquienne et iroquoise. Par ailleurs, Sœur Marie fut la première à apprendre la langue huronne. C’est ensuite elle qui assura l’enseignement des Hurons. Puis, le froid mordant commença à se faire sentir. Les vents ravageurs s’infiltraient par les planches des murs de notre maison et le fleuve était obstrué par de gigantesques morceaux de glace qui dansaient sur les eaux gelées de février. Le soir venu, on entendait les loups hurler à la lune venant des denses forêts noires. Heureusement, les dix-huit pensionnaires abénaquises et montagnaises nous aidèrent à survire à ce rude hiver. Elles nous apprenaient leur mode de vie autant que nous leur enseignions le catéchisme. Sœur Marie les adorait comme ses propres filles et ne pouvait déjà plus se passer de leur présence. Bien emmitouflées, nous voyagions chaussées de souliers des neiges, nous nous chauffions au bois, présent en inestimable quantité, et nous mangions de bien maigres repas, tout comme à notre habitude en France, suite à nos vœux de pauvreté. Quoique faisant preuve d’une gentillesse et d’une humanité incontestable, les petites Sauvagesses furent très difficiles à franciser. Sœur Marie peinait à s’éloigner de son rôle de missionnaire afin de se consacrer à l’éducation des jeunes filles de la colonie française. Bien qu’étant une tâche ardue et de dévouement le plus profond, l’enseignement me rendait heureuse jour après jour.

Suite à l’inauguration du premier monastère en Amérique, en 1642, situé en Haute-Ville, nous instruisions maintenant les Françaises, les nouvelles Canadiennes françaises de naissance et les Sauvagesses, en leur enseignant le catéchisme, la lecture, l’écriture, le calcul et les travaux à l’aiguille, comme la broderie et la dorure. Les enfants pouvaient aussi bénéficier d’un apprentissage musical, car Sœur Marie de St-Joseph était maîtresse de chœur. Elle vouait une profonde passion pour la musique et sa si belle voix charmait quiconque l’entendait psalmodier. Après le catéchisme, elle apprenait aux enfants à chanter et à se familiariser avec la viole de gambe. Parfois, elle les faisait danser à la mode des Sauvages. Son esprit vif et éclairé, sa conversation aimable, sa bonne humeur contagieuse et son authenticité me manqueront terriblement. À toi, Sœur Marie de Saint-Joseph, qu’on appelait la «Sainte fille», que Dieu veille sur ton âme à jamais.


« Comme une lueur d'espoir » par Béatrice Légasse (finaliste)

Un chaos indescriptible. Le coeur au ventre, j'essaie de faire face à un monde qui m'est encore inconnu. Les bruits sont forts, trop forts. Des voix puissantes d'hommes qui me font sentir minuscule face au poids de leur regard. Je réalise finalement qu’il n’y a point d’équité dans ce monde. L’ampleur de mon injustice me remplit les yeux de larmes, mais je prends sur moi, nettoie les morceaux de tissus rapiécés qui me servent de robe et me lève. Ma vie se termine aujourd’hui. Comment en suis-je arrivée là?
Je me nomme Marie-Marguerite Duplessis et ma vie ne m'appartient pas. Dès ma naissance, ma destinée était déjà toute tracée. À cause de mon origine, ma couleur de peau, ma nation. Je n’avais même pas neuf ans lorsque j’ai commencé à servir monsieur René Bourassa. « Servir », quel beau mot pour embellir la situation dans laquelle j’étais: une esclave, dont la vue n’alimentera jamais la conversation mais inspirera toujours du dégoût. Ma vie m’a été forcée, la liberté étant un concept aussi inatteignable pour moi que l’égalité.
J’ai été échangée comme un vulgaire objet, de famille en famille. Comme si mon statut me privait de tout droit. J’ai perdu le compte des années et des villes, mais les noms et leurs portraits resteront gravés en moi à tout jamais. Monsieur Duplessis Faber, monsieur Étienne Volant, monsieur Louis Fornel et monsieur Marc-Antoine Huart Dormicourt, des visages qui se bousculent en moi et qui s’entremêlent, se moquant d’où j’en suis maintenant.
Que Dieu me protège à l’avenir des menteurs qui se servent des plus vulnérables pour améliorer leur pitoyable existence. Comment, comment un être peut-il être aussi affreux au point d’accuser une pauvre innocente d’avoir donné dans le vice, le libertinage et le vol ? Je jure devant notre Père que je n’aurais jamais fait une chose pareille, même pas à Monsieur Dormicourt.
Ce n’était pas assez pour lui de détruire le peu d’honneur que j’avais en m'accusant de telle sorte, il fallait qu’il détruise également tout espoir pour moi d’apprendre, un jour, à être heureuse. Il voulait me déporter loin, tellement loin que mon Dieu n’existe même pas là-bas. Le lieu parfait pour une Sauvage comme moi, me dit-on. L’endroit idéal pour une pauvre femme qui se doit d’être repentante pour ses péchés.
Pourtant, dans un moment d'amabilité inattendu, avec toute sa bonté, le Seigneur m'a accordé une de ses grâces, comme une lueur d'espoir. Il m'a envoyé un saint, un ange descendu du ciel, qui dit se prénommer Jacques Nouette et qui a accepté de m'aider sans hésitation.

Le premier octobre 1740, il m’a enjoint de déposer une requête à l’intendant Gilles Hocquart pour revendiquer mon indépendance. J’ai alors prétendu être la fille de monsieur Duplessis Faber et qu’étant donné que j’avais toujours vécu sur les terres de la Nouvelle-France et que j’étais baptisée, je me devais d’être une femme libre. Le quatre octobre, ma requête fut envoyée devant le Prévôté de Québec, mais l’infâme Huart Dormicourt a fait tout ce qui était en son pouvoir pour détruire ma requête.
Ils ont demandé à mon bon Monsieur Jacques de leur donner mon extrait de baptême, ce qui, selon lui, “n’était pas une pièce favorable pour moi”. Sur ses conseils, j’ai alors demandé à l’intendant la permission de présenter ma cause devant le Conseil supérieur de Québec, qui a accepté. Toute la suite est tellement floue que je m’y perds dans mes souvenirs et suis bien incapable de raconter le dérangement qui teinta mes lendemains.
Mon existence ne se résume-t-elle donc qu’à quelques dollars ? Monsieur Dormicourt ne voulant pas me loger durant toute une année encore, il fallait alors m’envoyer ailleurs au plus vite. La cour a ainsi énoncé le verdict comme si ce n’était qu’une frivolité, comme si cela ne signait pas mon arrêt de mort. Un des juges a même eu l’insolence de me dire que j’avais bien de la chance de ne pas être condamnée à mort. Quelle sorte de diable est-il donc pour avoir le culot d’insinuer que mon destin d’esclave est meilleur qu’une exécution ?
Quelle ironie! Alors que ma vie s'étend pourtant devant moi, un voile noir l'obscurcit, symbole du désespoir qui m'attend de l'autre côté de l'océan. Mon sauveur a disparu, emportant avec lui mon espoir. À quoi rime l'existence si elle est synonyme de déception? Je vocifère silencieusement, maudissant le Dieu qui m'a jadis été si cher de m'avoir laissé tomber.
Mais que mon histoire soit entendue et qu'elle ne périsse pas avec moi. Que mon destin résonne dans les âmes d'autres êtres et qu'il nourrisse de volonté ceux que la chance a épargnés. Ces mémoires seront mon chant du cygne, le seul acte salutaire que j'aurai accompli.
Oui, ma vie se termine aujourd’hui, une existence qui était certes dénuée de joie, mais auparavant sans peur. Pourtant, alors que j’attends le bateau qui m'emmènera plus loin que je ne l’ai jamais été, la peur se faufile en moi telle une ombre sournoise. Je me sens si faible et sans aide pour la première fois, mais je prends sur moi, nettoie les morceaux de tissus rapiécés qui me servent de robe et me lève. Ma vie se termine aujourd’hui. Je pars vaincue, elle aura finalement trouvé le moyen de prendre sa vengeance sur moi.


« L’aventure d’une vie » par Sarah Leroux (finaliste)

Aujourd'hui, après tant d’années de silence, je me sens enfin prête à vous partager mon histoire.

Mère m’avait dit qu’il n’y avait rien à craindre. J’ai cru en ses paroles. Tout serait comme avant de l’autre côté de l’océan.

Par une belle matinée printanière, mère nous a annoncé qu’il fallait quitter la maison. Nous avons préparé nos valises et nous nous sommes ensuite rendus au port du village. Je me rappelle avoir tiré sur la jupe en serge élimée de mère et lui avoir demandé où nous allions. Elle m’a répondu :

- L’Amérique, là où nous ne manquerons jamais de rien, Catherine.

“L’Amérique” répétait la petite voix dans ma tête. Malgré mes huit ans, je savais très bien que l’on devait faire un long voyage pour se rendre là-bas. Mon frère m’observait depuis un moment :

- Encore perdue dans tes pensées, petite soeur?

Daniel était l’homme de la maison depuis que père nous avait quittés deux ans auparavant. Il veillait sur toute la famille.

Une fois sur place, on nous a fait monter dans un grand bateau. Le capitaine a hissé les grandes voiles qui s’agitaient dans le vent. Bien que l’allure du navire fut grandiose, nous n’en étions pas moins serrés les uns contre les autres.

La traversée s’est étalée sur douze semaines durant lesquelles j’ai dû refaire face au deuil. En effet, trois de mes frères et soeurs n’ont pas survécu aux terribles conditions du voyage, mère non plus.

“Il n’y a rien à craindre, vous serez en sécurité là-bas” avait-elle soufflé avant de s’éteindre. Une femme nous a dit qu’ils étaient morts du thytus, non typhus! Quel nom étrange…

8 août 1847; cette date restera toujours gravée dans ma mémoire. C’est en cette magnifique journée d’été que mon frère Daniel et moi, seuls survivants de notre famille, sommes arrivés à destination, à notre nouvelle maison. Enfin, c’est ce que je croyais.

Nous avons fait escale obligatoire à Grosse Île avec onze autres orphelins, comme nous, avant de nous rendre à Québec. Là, nous avons été nourris et soignés.

Par la suite, nous avons pris un voilier qui nous a conduits au port de la ville. Un homme nous a menés à Place Royale, le coeur de la ville de Québec, où d’autres Irlandais ont pu s’établir. On nous avait dit qu’une famille nous prendrait sous son aile, mais ce ne fut pas le cas.

“Plus de place les enfants, désolé.” C’est dommage, car cet endroit m’inspirait confiance, comme si on m’avait ramené en Irlande. Ah! Comme je m’ennuyais de la maison! Mes yeux s'embuèrent et des larmes commencèrent à couler sur mes joues. Daniel me prit dans ses bras.

Après cela, nous avons fait un tour à l’Hôpital général de Québec. Nous étions maintenant quatre orphelins du groupe de départ à ne pas avoir trouvé refuge chez nos confrères irlandais déjà installés. Nous y avons été amenés pour soigner William, un de nos compagnons. Il avait attrapé le choléra et il ne lui restait que quelques heures à vivre. Malgré tous les efforts déployés par les médecins, William nous a finalement quittés. Après sa fin tragique, nous avons dû poursuivre notre chemin à la recherche d’une nouvelle famille.

Plusieurs jours ont suivi et nous nous sommes rendus dans Lotbinière pour rencontrer l’abbé Édouard Faucher. C’était un homme âgé qui portait la barbe et qui était très imposant. Je me rappelle de lui comme d'un vieil ami. L’abbé Faucher nous a hébergés pendant plus de cinq semaines. Isabel, l’autre orpheline logée chez notre hôte, est partie bien avant nous.

Les semaines passèrent et ce fut le tour de Daniel. La famille qui désirait l’adopter voulait un garçon pour que celui-ci aide à la ferme. Ils disaient que les filles n’étaient pas assez fortes pour le travail au champ. Bien au contraire, forte moi je l’étais! Alors, Daniel allait me quitter, pour de vrai, moi sa petite soeur...

Une semaine est passée, et ils sont venus chercher Daniel. Il ne voulait pas me laisser seule. L’abbé Faucher lui a rappelé qu’il bénéficiait d’une grande chance et qu’il devait la saisir. Mon grand-frère, la personne qui comptait le plus à mes yeux, me regarda et me sourit malgré la tristesse qui habitait son regard. Il prit mon visage dans ses mains et me souffla doucement :

- Ne t’en fais pas, je reviendrai bientôt.

Il me serra dans ses bras. Je le sentais angoissé et apeuré. En relevant la tête, j’ai cru voir des larmes. L’abbé Faucher et la famille Coulombe assistaient à la scène, émus. Au moment du départ, Daniel a regardé ses nouveaux parents suppliant. Je les ai observé s'éloigner lentement, lorsque soudainement, François Coulombe s’arrêta net.

“Viens!” lança-t-il. La dame qui l’accompagnait se tourna à son tour et me détailla. Elle semblait douce et très gentille.

- Qu’en penses-tu, Anne? Il regarda sa femme. Nous avons besoin d’aide au champ.

- Je suis forte, vous savez! m’écriai-je.

- C’est ce que vous verrons.

C’est à partir de ce jour que mon frère et moi sommes devenus des Coulombe.
C’était il y a quatre ans déjà. Sans vous, je n’en serais pas là aujourd'hui. J’ai un toit et je ne manque de rien. Je me sens enfin prête à vous livrer mon vécu comme vous me l’avez demandé tant de fois. Merci, je vous en serai toujours reconnaissante.

- Votre tendre Catherine
 

« Une histoire d’un garçon comme les autres » par Anne-Julie Dubé

18 août 1867
Cher journal,
Je décide de t’écrire, car je ne peux plus supporter ce poids seul. Je dois me confier à quelqu’un, mais à qui ? Chez moi, là où j’habite, je connais seulement ma sœur, mon père et ma mère. Les autres ? Ce sont des inconnus. Deux autres familles cohabitent avec nous, et ce, dans un seul petit logement sur la rue Dorchester. Comment me confier aux personnes proches de moi alors qu’elles ne sont presque jamais à la maison ? Mon père travaille toujours, puis ma mère s’occupe de ma sœur, qui n’a que six mois.

22 août 1867
Il y a sept ans, moi Gabriel Tomson, je suis né. Peut-être aurais-je préféré de ne pas vivre ? Nos conditions de vie sont si difficiles. De nombreux quartiers ouvriers se sont développés à la suite de l’industrialisation. Mon père appelle cela comme ça, il dit que ce concept a augmenté la production des biens dans les usines. Il nous a expliqué cela le jour où il a appris que l’usine où il travaillait fermait ses portes pour un temps indéterminé. Les ouvriers, comme mon père, possèdent peu de droits et leurs conditions de travail sont misérables. Mon papa travaille 65 heures par semaine, 6 jours sur 7.

24 août 1867
Une autre famille est arrivée. Elle dit avoir fui le manque de terres cultivables en campagne. Dans peu de temps, ils vont s’apercevoir que la vie ici est difficile. Le logement est insalubre à cause de la proximité des zones industrielles et des usines au charbon. De plus, cela cause de mauvaises conditions d’hygiène et pollue l’air. On ne possède même pas d’électricité.

3 septembre 1867
Je n’ai aucun mot pour décrire ma situation. Mon … non, je ne peux pas y croire. Non, non, non, c’est impossible, il ne peut pas être parti comme ça ? C’est mon père, celui qui, malgré son salaire si faible, nous permet de manger chaque jour, de vivre quoi ! Que dois-je faire ? Je suis maintenant le seul homme de ma famille. On m’apprend aujourd’hui que je commence à travailler dès demain dans une manufacture de cuir, celle du lieu de décès de mon propre père. On me dit que je vais être utile, mais je n’ai aucune idée de ce que je dois faire. Je suis sans mots. D’autre part, ma mère ne cesse de pleurer tout en s’inquiétant pour ma sœur. Une certaine maladie rôde, et comme les maladies contagieuses se propagent très facilement, elle a peur que Marie l’attrape. Beaucoup de nouveau-nés meurent avant l’âge d’un an, comme le fils d’une famille avec nous qui est décédé la semaine dernière.

27 octobre 1867
3 septembre, dernière date à laquelle je t’ai écrit. 27 octobre, première fois que je trouve le temps de t’écrire depuis. Je travaille tellement et je manque de sommeil. Je dors environ cinq heures par nuit, ma sœur ne cesse de pleurer et je travaille dix heures par jour. Je ne me suis toujours pas habitué à l’absence de mon père ni à mon emploi. J’ai toutes les mains irritées. J’éprouve tellement de faiblesse que j’en ai du mal à tenir mon crayon pour t’écrire. J’ai parfois envie de tout abandonner, mais je dois penser à ma mère et à ma sœur, elles ont besoin de moi pour se nourrir et se loger.

3 juin 1897
30 ans… 30 années ont passé… Je te retrouve et me retrouve dans un certain sens aussi, plein de poussière, plein de pages blanches. Me relire me met les larmes aux yeux.

J’ai maintenant une femme et deux enfants. Chaque jour, j’ai une pensée pour mon humble père et je le prends comme exemple. Je travaille toujours comme ouvrier, à la manufacture de cordonnerie mécanique de Guillaume Bresse, mais je fais maintenant partie d’un syndicat. Nos mauvaises conditions de travail, les abus des patrons et l’inaction des gouvernements nous ont forcés à nous regrouper et à former des syndicats. Pour faire entendre nos revendications, nous faisons des grèves en protestant contre nos mauvaises conditions. Nous avons réussi à faire adopter la Loi des unions ouvrières en 1872. Je n’étais âgé que de 12 ans, mais je faisais partie des ouvriers malgré tout.

La population de notre ville ne cesse d’augmenter. En 1867, nous étions déjà plus de soixante-dix mille personnes. Nous sommes maintenant aux alentours de quatre-vingt-cinq mille.

J’ai assisté au début de l’industrialisation. Et maintenant, la technologie semble vouloir nous permettre d’aller encore plus loin. Dorénavant, nous nous tournons vers l’exploitation des ressources naturelles présentes sur notre territoire, permettant de développer de nouvelles industries.

Une chose diffère de mon enfance, mes enfants vont à l’école pour apprendre la base, lire et écrire, contrairement à moi qui ai dû me mettre au travail dès l’âge de sept ans.

Par contre, une chose est semblable, mes deux garçons commenceront très bientôt leur travail. Je n’ai qu’une volonté : qu’on adopte une loi pour que, béni soit Dieu, les enfants du futur aient l’obligation d’aller à l’école plus longtemps. Que plus jamais, ils ne soient soumis si jeunes à l’obligation du travail.


« Funeste demeure » par Cécilia Burlet

L’humanité possède un visage sombre, une figure vicieuse constamment paralysée en une expression de folie abominable qui définit sa propre mémoire. Ses traits hideux sont coupés grossièrement, comme une esquisse primitive qu’on aurait oublié d’achever totalement. C’est une ébauche abjecte, presque bestiale, qui se cache sous l’hypocrisie de l’homme. En effet, derrière sa façade de blancheur immaculée, la société dissimule un monstre d’infatuation qui a d’abord créé la colère, l’avarice, l’envie, l’orgueil, la gourmandise, la paresse et la luxure.

Puis, l’humanité s’est accordé le pouvoir de tuer. Elle s’est attribuée le devoir de jugement et a fait naître la volonté d'exécuter, altérant ainsi les fondations même du concept de justice. Rapidement, nos vertus sont devenues la condamnation et la sentence, nous autorisant ainsi à redéfinir la nature du terme être humain. Notre civilisation est artificielle et aime prétendre. Elle se jure noble, mais elle ne tolère pas la divergence et ne comprend certainement pas la différence. Elle partage une doctrine de pureté, presque idéaliste, qui me terrifie. Je crains son dogme, car il manipule aisément les opinions de la majorité et la pousse à agir selon un vouloir qui n’est pas toujours le sien. L’ignorance de l’homme possède une influence irrationnelle sur le comportement d’un peuple qui ne sait réagir que par la haine.

Ma propre famille a honte de moi pour quelque chose qu’elle ne pourra jamais comprendre. J’ai tenté de mettre fin à mes jours deux fois à cause de ma tendance frénétique à l’autodestruction. Mes proches ne pourront jamais concevoir ma maladie, elle les horrifie. Ils ont donc préféré m’envoyer ici, dans ce bâtiment de briques à la façade imposante qui semble trôner à Beauport sur un empire d’égarés. L’asile des aliénés de Québec.

Je ne pourrai jamais réussir à décrire ce que j’ai ressenti la première fois que je suis entrée dans l’aile féminine. Je n’arriverai jamais à expliquer ma terreur quand j’ai entendu les premiers cris. C’étaient des plaintes de détresse pure, comme si, emprisonnées de leur esprit, toutes ces femmes appelaient désespérément au secours.
Ma première nuit là fût probablement la pire de toute mon existence. Je l’ai passée à fixer le vide et à me répéter mon prénom inlassablement, tentant de me rappeler que j’étais toujours Anastasie Legault et que j’allais bientôt sortir d’ici.

La vie à l’asile était horrible. L’atmosphère du bâtiment était lourde, morose. Nos chambres avaient d’ailleurs étrangement l’apparence de cellules. J’y ai fait la rencontre de plusieurs femmes qui, comme moi, avaient la mort pour idéal. Toutefois, cette ambition nous était retirée puisque les médecins prenaient grand soin de tenir tout objet pouvant nous servir d’arme contre nous-mêmes éloigné.

J’y ai aussi fait la rencontre singulière de Marie Prussien, une vieille femme de 71 ans qui avait une vision bien particulière de la vie et qui semblait toujours perdue dans ses propres pensées. Il lui arrivait de me raconter comment elle était arrivée ici en 1845, alors que l’asile s’appelait encore Asile provisoire de Beauport. Elle me relatait ses journées et me parlait des docteurs de l’époque, Douglas, Frémont et Morrin et de leur façon à chacun de considérer sa maladie. Tout comme aujourd’hui, le rétablissement était basé sur l’autocensure et les contacts avec la « société intelligente », comme ils aiment l’appeler.

Marie berça mon quotidien de ses histoires, partageant mes pensées lunatiques et mon doute immuable. Ainsi, je réussis à survivre à l’asile pendant plus d’un an dans une lutte constante contre mon propre esprit et mes pensées sinistrement incohérentes. J’avais réussi à trouver une sorte d’équilibre tordu qui me permettait de rester en vie, mais Dieu a toujours eu sa façon bien à lui de rappeler à l’homme son impuissance. Je ne suis pas forte. Je ne l’ai jamais été et ne pourrai jamais même tenter de l’être.

Lors de cette soirée du 29 janvier 1875, j’ai compris que les fondements de mon être étaient beaucoup plus fragiles que ce que j’avais réussi à me faire croire. Ça ne prit qu’une heure pour que mon esprit s’écroule et que je cède à mes instincts les plus dévastateurs. Il était autour de 7h30 quand les premiers cris ont commencé à résonner. L’odeur de fumée est arrivée peu de temps après, faisant définitivement régner l’anarchie. On entendait le roulement sourd des pas confus dans les couloirs et un concert de cris désordonnés dont l’écho annonçait un terrible avertissement.

Le feu, cette nuit-là, avait un aspect hypnotisant, comme irréel. J’étais assise sur mon lit, le regard rivé sur ce brasier qui avait l’apparence d’un spectre des enfers et qui dansait d’une façon malicieusement tentatrice, m’évertuant à ressentir l’horreur des circonstances. J’avais l’esprit vide de la moindre émotion, plongée dans l’ivresse d’une illusion enivrante. Mon corps, lui, vibrait du soulagement d’une chimère oppressante qu’on avait enchaînée beaucoup trop longtemps et qui se réalisait finalement dans une dignité particulière.

La mort est d’une beauté étonnante qu’il serait difficile de comprendre sans ne l’avoir vue de ses yeux. Elle a quelque chose de terrible, mais aussi d’inexplicablement fier et noble.

C’est sans regret que je pars. Je n’ai pas peur.

Je ne ressens absolument rien.


« Je me souviens » par Élisabeth Drouin Engler

13 juillet 1940
J’ai fui. J’ai fui la peur, l’appréhension constante, la persécution que le régime nazi infligeait à ma famille. J’ai fui l’Allemagne, ma propre patrie. Je ne suis pas juif, et pourtant j’ai dû quitter mon pays comme eux seraient partis pour se dissimuler aux yeux d’un homme, mais aussi d’un peuple rendu aveugle par une idéologie suprémaciste. Je me suis dirigé vers l’Angleterre, où les choses se sont rapidement détériorées. Nos hôtes hésitaient à accorder leur confiance aux réfugiés Allemands, moi compris. Après tout, ils n’avaient aucun moyen de savoir si nous étions de vrais réfugiés ou des membres de la cinquième colonne. On m’a fait interner avec d’autres citoyens d’origine germanique. Les semaines se sont lentement écoulées, m’ayant paru des siècles. Nous n’avions pour tromper l’ennui que l’attente de jours meilleurs. Au fil du temps, la peur et l’incertitude m’ont gagné, ne sachant pas ce qu’il adviendrait de nous et puis un matin, on nous a embarqué sur un navire. Des centaines d’hommes, réfugiés comme prisonniers de guerre, entassés dans le fond des cales vers une destination inconnue. L’horreur a rejoint la valse de mes émotions quand certains se suicidèrent. Ils avaient commis l’irréparable à cause de l’une des nombreuses rumeurs circulant à bord, celle de l’éventualité de notre remise aux Allemands.
Neuf jours. Neufs jours éreintants, cauchemardesques : les relents de vomi, de transpiration et d’urine, décuplés par la promiscuité, nous assaillaient sans répit les narines. La houle nous rendait nauséeux et les maladies qui courraient en grand nombre à bord n’arrangeaient rien. Bon nombre d’entre nous faisaient des crises de panique, sans doute dues à l’espace clos qui nous contenait par centaines et à l’absence totale d’air frais. Le voyage fut tout simplement abominable. Neuf jours que j’ai passés sur ce navire, au terme desquels nous sommes enfin arrivés à destination.
J’ai compris où nous étions lorsque j’ai aperçu par le hublot un petit bateau portant l’inscription Canadian Steamship Lines. Au soulagement de ne pas se trouver en Allemagne succédait presque immédiatement le désarroi face à la réaction des Canadiens. Sur le quai, des soldats, mitraillette à la main, et une foule hostile, criant et sifflant, nous attendaient. Malgré ma tristesse, je les comprends, nous représentons l’ennemi. Des soldats-interprètes, assistés d’autres soldats, nous ont fait monter dans des camions ouverts. Personne ne savait où on allait.
À l’arrivée, nous avons découvert ce qui allait être notre ‘’chez-nous’’ pour qui sait combien de temps. Notre monde ne se résume plus qu’à une quinzaine de baraques-tentes, en plein centre-ville entourées d’une clôture double de barbelés et encerclées de quelques miradors. Notre camp est très étrange, je n’en avais jamais vu comme celui-ci auparavant. On s’y sent tout petit : un cours d’eau majestueux nous restreint au sud, juste en bas de la falaise vertigineuse qui s’y trouve. Aucune possibilité d’évasion de ce côté. À l’ouest, il n’y a qu’un immense espace vacant, vert et sauvage, à perte de vue. La ville densément construite qui se trouve au nord contraste fortement avec le reste. De la mer de bâtiments que l’on peut deviner, seuls quelques-uns dominent, au nord et à l’est. La garde semble également moins vigilante, au point où les civils peuvent s’approcher du camp ou encore observer ce qu’il s’y passe. Jamais je n’ai vu quoi que ce soit de semblable.

22 octobre 1940
Aujourd’hui, nous partons. Après des mois d’ennui, nous partons. Je me suis senti très seul durant mon séjour ici. Dans ma baraque, il n’y avait presque uniquement que des juifs et ils ne se mélangeaient pas du tout au reste d’entre nous. Les officiers de l’armée de l’air allemande, les marins et le reste des citoyens Allemands étaient séparés dans les sept autres baraquements que nous occupions. Les groupes étaient très définis et comme je ne faisais partie d’aucun d’entre eux, je n’avais personne à qui parler. J’ai donc erré seul de longues semaines dans le camp, observant ce qui m’entourait.
La clôture semblait facilement franchissable en plusieurs endroits. Les gardes sont encore moins à l’affut que je ne le croyais : des civils se sont tellement approchés du camp qu’ils ont même réussi à échanger des notes avec certains prisonniers. Bien sûr, les soldats les ont immédiatement interceptées, mais quand même… Certains ont tenté de s’échapper, ce qui devait bien arriver tôt ou tard. Leurs tentatives ont échoué. L’un d’entre eux s’est même fait abattre. Contrairement, à tout ce que j’aurais pu penser, cet endroit va me manquer. Je ne sais pas comment l’expliquer, je le sens juste en moi.
Nous sommes en ce moment même dans le train. Comme avant, on n’a rien voulu nous dire et comme avant, nous nous dirigeons vers l’inconnu. Je ne sais pas si un jour je retrouverai la patrie de mon enfance, je ne sais pas quand cette guerre s’arrêtera. En attendant, je me laisse emporter à nouveau au loin.
***
Ce que je ne savais pas en écrivant ces lignes, c’est que le Canada, terre m’ayant d’abord confiné, allait par la suite devenir mon véritable foyer. J’ai obtenu ma nationalité quelques années plus tard, comme plusieurs autres anciens internés. Même si je ne l’habite plus aujourd’hui, la ville de Québec, première des villes d’ici avec laquelle j’ai été en contact, m’a marqué et toujours je m’en souviendrai.


« Un hiver d'un an » par Félix Belan-Renaud

Sous un ciel sombre et complètement voilé, je retournai chez moi dans la froidure et la neige. Après de longues minutes de marche, je vis finalement mon logis, longeant la Côte d’Abraham. Je montai les quelques marches de l’entrée avant d’ouvrir la porte et de déposer mes fardeaux dans l’entrée, puis ressortis immédiatement, en appelant mon fils aîné à me suivre. Je me rendis à l’appentis appuyé sur la paroi de briques et, fort heureusement, n’eut pas à l’attendre longtemps. Nous entrâmes dans la bâtisse de bois et retirâmes la bâche du vieux poêle. Nous transportâmes la lourde pièce de fonte sur les quelques pas nous séparant de l’entrée de la maison et nous mîmes à installer la pièce à sa cheminée, dos au mur. Immédiatement après, ma femme s’évertua à y allumer un feu et, quelques minutes après, la température de la pièce était déjà plus confortable et tous furent réunis autour des minces flammes, de la nourriture cuisant au-dessus. Ce soir-là, nous discutâmes beaucoup, particulièrement des conditions estivales affreuses que nous avions eues jusque-là.

Cela faisait déjà près de vingt ans que la saison douce n’était pas si bonne, mais celle-ci augurait de particulièrement mauvaises conditions. En effet, bien que les premiers mois aient pu nous faire croire à un redoux rapide et espérer un été clément par rapport aux vingt dernières années, il n’en était rien dans les faits. La fin d’avril nous avait surpris avec une vilaine rechute des températures, alors que depuis février, les conditions étaient stables et allaient même en s’améliorant. Le soleil n’était apparu que rarement depuis et l’eau avait gelé à maintes reprises. De toute manière, quand le soleil sortait de sa cache de nuages, il restait au ciel un teint mat, froid et poussiéreux; il n’était jamais aussi pur qu’il aurait dû l’être, et ce, depuis la fin de l’année précédente. Le travail aux chantiers navals était bien ennuyeux avec les deux à trois pouces de neige couvrant tout, et mes plus jeunes enfants venaient de tomber malades. Le moral des gens était incroyablement bas et beaucoup craignaient, comme moi, que les récoltes ne souffrent de ce vil temps. D’ailleurs, un de mes frères, partit fonder une famille et s’installer sur une ferme quelques miles à l’est de la ville, m’avait récemment donné des nouvelles pendant l’un de ses rares passages à Québec.

Il voyait, de son côté, que les champs ne poussaient qu’imperceptiblement. De plus, les récoltes mûres de bonne heure avaient subi de lourds dommages avec les multiples gels, et leur produit n’était pas de bonne qualité, loin de là. Certains de ses voisins n’avaient même rien pu cueillir malgré leurs efforts, les grains se brisant sur leur tige. Toujours est-il que nous allâmes nous coucher rapidement, n’ayant pas le contrôle du temps et donc pas de raison de veiller.

Le réveil n’apporta aucun changement, il faisait même plus froid encore lorsque j’arrivai aux quais. Bientôt, avant même que midi ne sonne, il commença à neiger. Les précipitations étant drues et venteuses et les rives glacées, le projet de mon groupe ne progressait guère. Voyant cela, notre patron décida de nous congédier pour le restant de l’après-midi. Je rentrai donc tôt et croisa nombre de gens, tous aux faciès moroses et pensifs. Nombreuses étaient les charrues et les voitures embourbées dans le pied de neige tombé pendant la journée lorsque celle-ci prit fin. Définitivement, s’il continuait dans ce sens, cet été serait l’un des pires que je n’avais jamais vécu et ses conséquences risquaient de coûter la vie à de nombreux pauvres hères. J’espère juste que je ne ferai pas partie des victimes, ni moi ni ma famille.


L’été, si l’on osa encore parler de ce juin, de ce juillet et de cet août en tant que tel, n’avait réconforté personne de l’hiver d’avant, et nous arrivions déjà sur l’automne sans plus d’espoir d’amélioration. Certes, les températures avaient augmenté jusqu’à la mi-août, mais depuis, le mercure avait vite descendu et du verglas avait fini de détruire les derniers espoirs en même temps que la dernière récolte en fin août. Les efforts de certains fermiers pour maximiser leur moisson n’avaient fonctionné qu’à grand peine et encore, pas pour tous. Certains n’avaient juste pas pu récolter quoi que ce soit de viable et donc, la majorité de la population commençait à faire appel aux charités pour subsister avant même la fin de l’année. Toutefois, celles-ci ne parvinrent point à répondre aux demandes grandissantes de notre population affamée. L’État nous fit parvenir de l’aide également, mais nous devions la survie du plus grand nombre à l’intervention de marchands qui échangèrent leurs vivres contre des engagements de travaux. Je parvins néanmoins à faire sans plus longtemps que mes voisins, grâce à mes économies. À mon grand dam, nous ne tînmes que jusqu’en janvier, à cause du prix exorbitant du moindre produit de survivance. Ma famille dut emprunter de quoi se nourrir jusqu’au début des moissons suivantes. De plus, les conditions hivernales de cette année me prirent plus d’un ami partit œuvrer en campagne, généralement pour rembourser la dette de leurs emprunts faits aux marchands.

Je parvins toutefois à vivre et à faire vivre mes proches, en me mettant plus d’une fois dans une situation compromettante. Pour notre bonheur, les saisons suivantes furent bien plus clémentes, et nous n’eûmes pas à subir d’autres famines telles que celle de l’année 1816.


« La seconde crise » par Pénélope Lapointe Rousseau

Avril 1942
La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. En peu de temps, le pays au complet avait été informé de la nouvelle. J’avais pourtant confiance en notre premier ministre. Il nous avait promis que cela n’arriverait pas. Je ne ferai plus jamais confiance à un politicien. Il n’avait pas le droit! Évidemment, les Canadiens anglais avaient voté majoritairement pour lors du plébiscite. Les Canadiens français, quant à eux, étaient rares à avoir fait de même. Nous ne sommes pas aussi loyaux envers la Grande-Bretagne que les anglophones. Nous ne ressentons pas l’obligation de nous plier à ses volontés. Nous sommes différents. Mais cela, Mackenzie King ne semble pas l’avoir compris. Comment peut-il nous obliger à nous battre pour une nation envers laquelle nous ne ressentons aucune loyauté? Comment ose-t-il m’enlever mes trois frères afin qu’ils aillent se battre de l’autre coté de l’océan? Je croyais que cette fois, il ne serait pas question de conscription. Je l’ai vraiment cru. Je ne comprends pas comment j’ai pu être aussi naïve. Je ne les laisserai pas faire : je me battrai pour que mes frères soient libres. Nous resterons forts. Nous ne garderons pas le silence sur cette injustice.
C’est ainsi que ma meilleure amie et moi marchons côte à côte sur le trottoir de la rue St-Jean. Il n’y a pratiquement personne dans les rues du Vieux-Québec. Les seuls gens que nous croisons affichent la même expression frustrée que nous. Je regrette de ne pas avoir pensé à mettre mes bottes d’hiver. Mes petites chaussures à talon en cuir ne sont pas idéales. Heureusement, mon manteau est assez chaud. Malgré que ses épaules soient légèrement trop larges et qu’il soit assez serré à la taille, il est plutôt confortable. Il m’est difficile de croire que nous soyons en avril : il fait encore si froid. On se croirait en plein hiver. Il reste encore de la neige empilée sur les trottoirs des rues de la ville de Québec. Et si nous ne faisons rien, ce seront nos frères qui s’empileront dans des bateaux en direction de l’Europe. Nous nous dirigeons vers la maison de notre ami Jacques. Nous l’avons croisé un peu plus tôt dans la journée. Il nous a dit qu’il allait faire partie d’une manifestation ayant pour but de faire poids sur le gouvernement et ainsi d’éviter la conscription. J’ai tout de suite été intéressée. Il nous a dit qu’il nous donnerait plus d’informations ce soir. En empruntant la Côte de la Fabrique, nous passons devant plusieurs boutiques dont la Maison Simons. J’aperçois alors ma voisine qui traverse la rue. Je lui demande si elle se dirige également en direction de la maison de Jacques. Elle hoche la tête et nous bifurquons tous les trois sur la rue Sainte-Famille. Notre ami nous attend devant la porte de sa maison.
Mes parents m’auraient interdit de sortir de la maison s’ils avaient su ce que j’allais faire. J’ai dû leur mentir. Enfin, je ne leur ai pas réellement menti. J’ai seulement omis certains détails… Ils croient que c’est trop dangereux et peu approprié pour une fille de quinze ans de faire partie d’une manifestation, et ce, peu importe l’enjeu de la manifestation en question. Je ne leur ai jamais ressemblé. J’ai toujours eu un côté rebel que je partage avec mon plus jeune frère. Il a toujours été mon préféré… Et aujourd’hui, il a besoin de mon aide. Je ne resterai pas les bras croisés pendant qu’il se prépare à faire part à la Deuxième Guerre mondiale. Je ne pourrai peut-être pas changer le monde; ni arrêter la conscription ou la guerre qui fait présentement rage en Europe, mais j’aurai essayé. Et je n’arrêterai jamais, car tant que nous essayons, il y aura de l’espoir.


« Je me souviens » par Éloi Viens

11 août 1995

Cher journal,

Mon amour de l’écriture m’amène à t’écrire... Aujourd’hui, à 90 ans, ma main ridée tremble, cependant ma mémoire est encore jeune, crois-moi. J’ai vécu tout le XXe siècle, tu imagines? Je sais, ma fin approche à grands pas mais, avant cela, j’aimerais te raconter une histoire. La mienne.

Je me souviens encore d’une enfance heureuse à la campagne, à Saint-Fidèle, de mes lectures à la lampe à l’huile, du goût des fromages Saint-Fidèle de mon oncle Joseph, de ma vie près du fleuve, de mes études à Chicoutimi, puis à Montréal.

Mais ma vie d’adulte, c’est à Québec que je l’ai vécue. J’ai commencé mes études en droit à l’Université Laval en 1927. J’hésitais entre le génie forestier et le droit, mais j’aimais la logique et la philosophie. Les bâtiments de la Faculté des droits se trouvaient sur la rue Sainte-Famille. Quant à moi, je résidais avec un copain dans une pension au 62, rue Saint-Louis. Je n’ai pas rencontré de grosses difficultés durant mes études, ce qui m’a permis de m’occuper du journal étudiant Le Béret. Comme tu vois, ce n’est pas la première fois que j’écris...

Lors d’une réunion du Parlement modèle à l'hôtel de ville de Québec, j’ai rencontré Françoise Pruneau, une belle jeune femme qui venait d’obtenir son certificat d’enseignement. Elle me plaisait énormément. On a continué à se voir à plusieurs reprises par la suite. Je me souviens d’une soirée au Château Frontenac où nous sommes allés prendre un verre dans un restaurant de la rue Saint-Augustin. J’étais un pauvre étudiant et nous avons partagé un verre… avec deux pailles!

Pendant mes études, je travaillais pour 8 $ par semaine comme journaliste, de 18 heures à minuit, pour un autre journal que toi : L’Événement.

Puis, j’ai commencé à travailler dans le cabinet de M. Paul Drouin, situé au 229, rue Saint-Joseph Est, dans l’édifice de la Quebec Power. Paul était un avocat de renom avec qui j’avais établi un contact durant mes années d’études. Et comme il se cherchait un nouvel adjoint, j’en ai profité. Je pratiquais enfin la profession d’avocat. L’année suivante, en plus de l’augmentation de mon salaire, je réussissais à gagner des revenus à partir de ma propre clientèle. Je commençais à me faire une réputation.

Cinq ans plus tard, en 1935, j’ai décidé de quitter le cabinet de M. Drouin. J’ai alors loué un petit bureau de quinze pieds carrés situé dans le même édifice que celui de M. Drouin.

C’est un peu ainsi que je suis devenu une personnalité plutôt connue à Québec. Mais je gardais quand même mes racines : en 1936, j’ai fait ma première plaidoirie à La Malbaie. Toute ma famille et le village étaient venus assister au spectacle! Heureusement, je ne les ai pas déçus et j’ai remporté ma première victoire.

Il me semble que les années passèrent vite ensuite, cher journal. J’ai fini par percer dans le domaine des affaires. Puis, aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai rejoint l’univers des autobus. J’ai alors occupé le poste de secrétaire de l’APAQ (Association des propriétaires d’autobus du district du Québec). Je m'occupais principalement de l’organisation et de tous les problèmes reliés à l’APAQ. Et des problèmes, ce n’était pas ce qu’il manquait pendant cette Seconde Guerre mondiale... En 1947, je suis même devenu le patron de l’organisation. Enfin, cette même année, le 29 juillet, était inauguré un terminus d’autobus au 505, boulevard Charest à Québec.

Jusque-là, j'avais une bonne réputation d’avocat et d’homme d’affaires. Cependant, l’année 1958 allait marquer un point tournant dans ma carrière. Le premier ministre, l’honorable Maurice Duplessis, m’a offert le poste de président de la Commission des &

VIDÉO PEE-WEE

Bonjour,
Pour les gens intéressés à regarder un beau reportage sur l’équipe du Royal de Cardinal-Roy qui a participé au tournoi PW, vous pourrez voir l’émission tournée par M. Fred Munger, sur Internet au : www.maximumsports.tv 

FÉLICITATIONS À JULIETTE LAROSE-GINGRAS

Félicitations à Juliette Larose-Gingras, élève en 3e secondaire pour sa distinction lors de la 4e édition du Programme de bourses Palestre Nationale.

À propos de la Fondation de l’athlète d’excellence (FAEQ)
La FAEQ (www.faeq.com/) se démarque par son approche personnalisée, sa rigueur de gestion et son rôle d’influence auprès du milieu du sport et de l’éducation.

Juliette a reçu une bourse d’excellence académique !

Voici son profil : 

JULIETTE LAROSE-GINGRAS / VÉLO DE MONTAGNE

- Championne québécoise dans la catégorie cadet
- Première au cumulatif des Coupes du Québec
- Étudie en 3e secondaire à l’école Cardinal-Roy et maintient une moyenne académique de 93 %
- Juliette se montre habile et rapide sur les parcours, tout en se donnant toujours à son maximum. Comme elle a rarement à rougir de ses efforts, elle cherche à mieux gérer ses émotions quand elle n’obtient pas le résultat voulu.
Les couronnes québécoises et canadiennes sont dans sa ligne de mire cette saison, de même qu’une participation aux Championnats du monde en 2019.
Juliette entrevoit la poursuite de ses études au cégep en sciences de la nature, alors que les domaines de la médecine et des communications l’attirent particulièrement.

Bravo Juliette !

RSEQ - HOCKEY JD1

Le Royal de l’école secondaire Cardinal-Roy est sacré champion du tournoi Midget/Juvénile de Saint-Joseph-de-Beauce !

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Félicitations à 2 anciennes élèves-athlètes pour leur bourse !

Félicitations à Anne-Marie Laroche et Florence Lessard, étudiantes-athlètes à Cardinal-Roy en 2016-2017, récipiendaires d'une bourse de 2000 $ du Programme de recrutement collégial :

 

BOURSE SAPUTO

Félicitations à Kaylee Koehler, membre du club de Ski acrobatique du Relais, qui est récipiendaire d'une bourse de 2000 $.



Voici son profil :

KAYLEE KOEHLER / SKI ACROBATIQUE (SAUTS)

Soutien à la réussite sportive et sportive 2000 $
Médaillée d'or au Championnat Québécois U-14 en bosses et en sauts en 2017
Médaillée d'or en sauts au Championnat Québécois U-18 en 2017
Étudie en 2e secondaire à l'École secondaire Cardinal-Roy
Kaylee est une skieuse qui se démarque par la qualité de sa technique et qui travaille à maîtriser son périlleux arrière avec vrille pour l'an prochain. Plus tard, elle souhaite participer aux jeux olympiques et poursuivre ses études de niveau universitaire.

Bravo Kaylee !

Marguerite Sweeney, championne à Calgary

Sincères félicitations à Marguerite Sweeney qui a terminé première lors de la compétition AirNation COP qui a eu lieu a Calgary. Continue ton bon travail!

30 bougies pour le programme Sports-Arts-Études

 

L'ANNÉE SCOLAIRE 2017-2018 MARQUERA LE 30IÈME ANNIVERSAIRE DU PROGRAMME. SUIVEZ-NOUS AU COURS DES PROCHAINS MOIS CAR PLUSIEURS ACTIVITÉS MARQUERONT CET ÉVÉNEMENT.

 

  WWW.FACEBOOK.COM/CARDINALROY

Championnat canadien de patin de vitesse Edmonton 2017

Finalement, après 2 jours de compétition à Edmonton c'est avec un titre de Champion Canadien longue piste chez les 13 ans masculin que Christophe Boily-Carette nous revient. Du côté de William Lefrancois, il termine la compétition au deuxième rang cumulatif chez les 12 ans masculin, il est donc vice-champion Canadien dans sa catégorie.

En tout c'est 6 médailles qu'ils nous ramènent :


Christophe 2 médailles d'or au 300 m et 3000 m, 1 médaille d'argent au 500 m olympique et 1 médaille de bronze au relais 3 x 400 m.

William 1 médaille d'argent 300 m et 1 médaille de bronze au 500 m olympique.

Félicitations à vous deux !

 

Les commotions cérébrales et reprendre les études!!!

Nous entendons de plus en plus parler des commotions cérébrales.Voici une vidéo qui vous aidera à comprendre et à bien gérer cette blessure.

Bon visionnement !

Consignes relatives aux commotions cérébrales à l'intention des parents.

 L’école Cardinal-Roy met à votre disposition un document d’aide concernant les commotions cérébrales. 

Celui-ci vous aidera à comprendre ce qu'est une commotion cérébrale, comment distinguer les signes ainsi que bien des informations qui vous guideront à accompagner votre enfant dans la démarche de rétablissement.

Bonne lecture!

Consignes relatives aux commotions cérébrales à l'intention des parents.

Tableau des honneurs

Dix nouveaux élèves sur notre tableau des honneurs.

Tableau des honneurs
 

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